"Internet, c’est la mise en réseau des opinions". "Cela permet de toucher un à un chaque élécteur". "Internet est un réseau de résistance". "Un bruit de fond qui gronde contre les grands médias", "Internet est un virus", "Le journaliste est devenu un passe-plat"…
Alors que 1965 a marqué l’entrée de la Télévision dans le débat présidentiel, 2007 a montré l’émergence d’un nouveau média : Internet. Pour certains, le 5ème pouvoir serait en marche : les sites, les blogs, les médias citoyens, les plate forme d’échanges de vidéos constitueraient petit à petit un nouvau pouvoir où le citoyen est au coeur du processus. Le citoyen, en effet, avec Internet, se transforme en un "citoyen expert" : il critique, crée du contenu, divulgue des informations, participe à l’élaboration des programmes du candidat.

Pour la première fois dans l’histoire des présidentielles françaises, Internet a été un média incontournable pendant la campagne : lieu de débats entre citoyens, lieu de diffusion de vidéos censurées, média de propagande pour certains, média de révolte pour d’autres, le 5ème pouvoir pèsera-t-il sur les présidentielles de 2012?
Retour sur le documentaire passionnant "L@ c@mp@gne présidentielle" diffusé sur ARTE hier soir.
Au début : Désirs d’Avenir
Février 2006 : Ségolène Royal ouvre son site "Désirs d’Avenir" et place le citoyen expert au coeur de son processus électoral, le message se décentralise. Elle est la première candidate à l’élection présidentielle à donner autant d’importance au média contributif et participatif qu’est l’Internet. Avec sa "netscouade" de 70 modérateurs, Ségolène Royal dresse un dispositif impressionnant à l’écoute des citoyens. L’échange est ainsi au coeur de sa stratégie : il construira le "Cahier d’espérance" composé de 700 pages de propositions exclusivement citoyennes.
Pourquoi Internet a-t-il pris autant de place dans la campagne ?
Internet est le média le moins cher, tant en terme de mailing, qu’en terme d’occupation de l’espace. Ce média permet également la convergence de toutes les technologies : Audio, photo, vidéo, textes. Les plate-forme d’échanges de vidéos ont par ailleurs joué un rôle crucial dans cette campagne. Média de contenu libre, affranchi de toute censure, chacun a pu créer sa propre chaîne TV sur Internet et a pu y diffuser des contenus ignorés par les grands médias (vidéo de Duhamel informant son vote pour Bayrou, vidéo de Royal sur les 35h au collège). D’autre part, Internet est le média par excellence de la parodie, de l’humour et de la caricature. Sarkozy a d’ailleurs été le candidat le plus caricaturé sur la toile. La dimension virale du message sur Internet permet l’explosion de rumeurs et favorise ainsi la collision. Certains qualifient Internet de "mouchard mémoriel" : sur Internet, rien ne disparaît et le propos privé n’existe plus. Enfin le citoyen est fatigué du langage aseptisé et univoque de la Télévision : il cherche de nouveaux terrains d’expressions, il veut de l’information différente.
Les Candidats et Internet
François Bayrou est le candidat le plus "connecté" de la campagne : il utilise quotidiennement Internet, répond personnellement aux commentaires et répond sur tous les blogs (quelque soient leur couleurs politiques). Internet représente pour lui la possibilité de détourner le message univoque et ultracentralisé des grands médias (TV en tête).
Le Front National découvre avec Internet, le temps de parole supplémentaire que les grands médias ne lui offrent pas. La liberté de cette parole leur permet de diffuser de longs messages : la vidéo est mise à l’honneur et privilégiée sur les textes parfois fastidieux à lire. La campagne on-line du Front Nationale s’est surtout articulée autour de son dirigeant (vidéos très nombreuses de Le Pen) et propose très peu d’ouverture aux citoyens et à leurs commentaires.
Nicolas Sarkozy quant à lui adopte un message plus marketing : mise en avant de sa personne et de son projet, création d’un club de supporters, création de la sarkoTV. Une équipe dédiée suit Sarkozy dans tous ses déplacements, elle crée un contenu quotidien de vidéos, interventions, témoignages. Pour le responsable du site Sarkozy.fr, tout doit rester KISS (Keep It Simple and Stupid) : un média, de l’audiovisuel et de la réactivité. Le site sarkozy.fr est conçu comme une agence pour les autres médias : ce site est une énorme banque d’images, de vidéos à disposition des grands médias.

Besancenot et la LCR disposent d’une équipe de 2 personnes, 2 bénévoles. La communication de la LCR s’oriente volontairement vers de la guerilla avec des actions coups de poing, comme des affichages sauvages sur les vitrines de certaines entreprises.
En conclusion, nous retrouvons les mêmes disparités de temps de parole et de moyens sur Internet que sur les autres médias : les gros partis disposent d’équipes importantes et ultra disponibles, ils occupent avec beaucoup plus de visibilité les différents lieux de débats sur Internet.
Blogeur et journaliste : quelle différence pour quelle information ?
Les blogs sont de plus en plus nombreux en France, on en dénombre 4 millions. Cela représente autant d’opinions, autant de sources d’informations supplémentaires pour le citoyen. Le blogeur s’affranchit des contraintes du journaliste : il blogue autant de fois qu’il le souhaite dans la journée, il ne souffre d’aucune structure éditoriale, d’aucune censure et se veut le défenseur d’une information immédiate, instantannée et multimédia. Selon Stéphane Paoli, "chaque blog est un centre d’émission de l’information". Le journaliste ne bénéficie donc plus du monopole de l’information, il n’est plus le seul à pouvoir la hiérarchiser. Les blogeurs citoyens viennent donc bousculer les règles du journalisme et posent billets après billets les bases du média citoyen.

Ce modèle si particulier où l’individu prime sur l’intérêt général a trouvé son pendant télévisuel avec l’émission de TF1 : "J’ai une question à vous poser". Cette émission permettait à 100 Français de poser sa question au candidat qui se prêtait volontiers à l’exercice. Le citoyen expert est ici maître des questions et dirige l’entretien avec le candidat. Cela pousse Guy Birenbaum à comparer les journalistes à des "passe-plats" : quel est en effet son rôle dans ce type de débats? Peut-on considérer cela comme un débat d’ailleurs? Quel est l’intérêt général de ces questions aux problématiques si individuelles? Le danger n’est-il pas de tomber dans une politique ultra marketée de "la démocratie des ptits moi-je" ? (citation Marc Abélès)
Internet : bousculer les règles de la Télévision
Bayrou appelle à un débat entre tous les candidats du premier tour : Internet répond. Bayrou appelle à un débat dans l’entre-deux tours : Dailymotion diffuse en direct le débat Bayrou-Royal. Les blogeurs à chaque fois se mobilisent, signent des pétitions, alimentent les forums et tentent de faire poids sur les médias traditionnels qui restent désespérément sourds à leurs appels. Pour le grand débat du premier tour, les blogeurs n’auront pas su renverser (opur cette fois) la donne.
Refuser la messe cathodique du 20heures : alors que tous les sites étrangers donnent les résultats à partir de 17h, la France attend patiemment le générique de 20h pour connaître l’élu. Deux blogeurs, Guy Birenbaum et Karl Zéro, se veulent "politiquement incorrect" : ils donneront les résultats à 18h. Les deux compères se rendent à l’ambassade de Belgique pour divulguer les résultats depuis un terrain neutre, problème : leurs sites sont bloqués, impossible de se connecter. Censure en haut lieu? Une enquête est en cours. Pour les deux tours, Internet a été la source unique et ultra concentrée d’informations de tous les Français : la fréquentation des sites a complètement explosé entre 18h et 20h avant chaque résultat. L’information, aujourd’hui, est décentralisée, elle ne connaît plus de frontière physique : certains aménagements tendraient à s’imposer.
Conclusion
Le militantisme politique a connu un essor fabuleux avec Internet : recrutement de nouveaux militants au PS en un clic, les supporters de l’UMP diffusant, sur des listes de forum fournies par le parti, les messages militants, le plus gros buzz de début mai avec la vidéo Sarko Human Bomb organisé de toute pièce par l’UMP. Néanmoins TF1 et les mass média restent les sources privilégiées par le grand public pour l’information. Internet permettra-t-il à terme d’interroger cette situation de quasi monopole médiatique ? Internet arrivera-t-il à mettre en perspective de nouveaux objectifs pour l’information ? Internet deviendra-t-il le média du contre-pouvoir ?





Quelques médias citoyens de la présidentielle :
La TV de Karl Zero
Le blog de l’extension de la lute, Guy Birenbaum
Agoravox, le média citoyen
Le Politic Show de Nicolas Voisin
Présidentielles.net
Le blog de John Paul Lepers et sa Télé libre
L’excellent Big Bang Blog
Visionner le documentaire sur arte.tv
Intéressant.
La presse connaît aussi des mutations profondes : elle passe de plus en plus à l’électronique, devient multicanale, et puis le public s’est beaucoup tourné vers la presse pendant cette période électorale. Les gens ont besoin, je pense (à mon humble petit avis), d’infos moins marquées par TF1 et tentent de sortir de l’hégémonie du message télévisuel.
Billet bien construit et fort intéressant, la preuve: j’ai tout compris!
Internet est aujourd’hui une source de données aussi riche que diverse, apportant au public toutes les réponses aux questions posées grâce à un simple clic (à condition tout de même de savoir comment aller chercher l’info sur le net…).
Se cantonner aux médias tels la TV, les journaux ou la radio ne suffisent plus, le public à besoin de comprendre par lui-même, de rechercher les informations, et surtout d’être libre de naviguer sur tel ou tel blog pour s’informer plus largement sur le sujet (ex: les présidentiels).
Le bloggeur est le journaliste de demain.
Je suis sans doute bêtement représentative de ma génération de trentenaires citadins bobos internautes, mais je pense n’avoir jamais fait mon choix de vote avec un tel bagage d’information…J’ai adoré lire des commentaires venus de partout et de tout le monde, souvent de très bon niveau, qui prouvent en effet qu’Internet laisse une vraie place au citoyen et fait globalement monter le niveau…Si seulement les questions des journalistes TV avaient été aussi pertinentes que celles de certains "citoyens lambda"!
Mes chouchous pendant cette campagne:
http://www.bigbangblog.net/, le blog de DAniel Schneidermann, avec un faible avoué pour les billets de Judith Bernard
aixtal.blogspot.com/, le Blog de Jean Véronis, linguiste, pour ses analyses de discours et de lexique très… parlantes.
Et puis…http://www.loiclemeur.com/france... l’illustrissime blog de l’auto-proclamé premier bloggueur de France, parce que quand c’est aussi ouvertement partisan, c’est parfois très rigolo.
question pertinente et enfin impertinente : en effet ras le bol du politiquement lisse et convenu, des questions posées à l’avance…
Néanmoins, je ne suis pas sûre Alésia que le blogeur sera le journaliste de demain, nous verrons. Ce que l’on peut relever, c’est que de plus en plus de journalistes presse ou TV censurés ont fait le choix de s’exprimer exclusivement sur Internet et de créer leurs propres canaux de diffusion…
Et voilà comment Zeblog devient une mine de renseignements et d’infos pour les exposés et mémoires de jeunes étudiants…Merci Camille !
Il te reste encore à organiser l’argu en "deupartideusouparti"…La prochaine fois, promis, on y pense…Bizz bizz Marie!